L’IdO en France doit intensifier son développement face aux GAFA

À l’avenir, serons-nous tous connectés ? L’essor de l’internet des objets (IdO) ne fait aucun doute : des équipements de fabrication aux montres intelligentes, en passant par les voitures et les appareils électroménagers, le nombre d’interactions ne cesse de croître… Où se situent les entreprises françaises dans ce secteur très convoité ? Face aux ressources importantes mises en œuvre par GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) pour garder le contrôle des plates-formes, il reste encore un certain nombre de mains à jouer.

IdO : une chaîne de valeur complexe

Le Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas aime mettre en avant l’Internet des objets sous un angle spectaculaire : capteurs pour la santé, solutions de mobilité, assistants vocaux dans les objets du quotidien comme Google Home ou Amazon Echo. On se souvient par exemple du rachat de la pépite française Withings par Nokia, un mouvement stratégique sur le marché des objets connectés.

Pourtant, réduire l’IdO à une succession de gadgets branchés serait passer à côté de sa portée. Il s’agit aujourd’hui de tirer parti des données générées par des milliards d’objets souvent banals, tant dans l’industrie que dans la vie courante. Impossible de limiter la réflexion aux bracelets qui comptent nos pas ou aux ampoules commandées à distance : l’IdO ouvre la voie à un éventail d’usages insoupçonnés.

Brancher un capteur et une connexion Internet ne suffit plus. Il faut d’abord penser aux usages rendus possibles par cette connectivité, car c’est là que se niche la valeur. Ensuite, il s’agit de savoir capter cette valeur et la transformer en services concrets.

L’univers de l’IdO s’organise en couches successives : chaque niveau va influencer le choix du matériel et la façon de connecter l’objet. Premier enjeu : la communication. Le choix des technologies réseau façonne la relation entre l’objet et sa plateforme numérique.

Capitaliser sur les données et les usages

Une fois passée la question du Wi-Fi ou du Bluetooth, des standards pas toujours conçus pour l’IdO, d’autres paramètres entrent en jeu. Les alliances industrielles se multiplient, mais chacun défend son protocole : la domotique, par exemple, reste partagée entre Zigbee et Z-Wave, tandis que d’autres préfèrent miser sur des solutions propriétaires.

À l’étage supérieur, on trouve la couche logicielle, celle où se joue la vraie création de valeur. Dans l’univers grand public, il s’agit d’exploiter toutes les données d’usage. Côté entreprises, on invente des scénarios sur-mesure : supervision, maintenance prédictive, automatisation… Toute une palette d’applications prend forme.

Déjà solidement implantés dans le Cloud Computing, les GAFA disposent de l’infrastructure idéale pour s’imposer ici. Leur force de frappe leur permet de bâtir des plateformes prêtes à accueillir toutes les sociétés désireuses de se lancer sur le marché de l’IdO. Mais cette avance ne garantit pas forcément une domination sans partage. Ce contexte crée aussi des fenêtres d’opportunité.

GAFA et BATX, la tentation de la plateforme

La stratégie des GAFA vise la plateforme universelle, pensée pour couvrir tous les cas de figure. Mais bien des secteurs demandent une approche spécifique : soit parce que les enjeux sont trop pointus pour un outil générique, soit parce que la réglementation impose des contraintes fortes sur la gestion des données. En reprenant la main sur la dimension logicielle, on se donne la latitude pour concevoir des outils taillés sur mesure, capables de s’adapter à la réalité du terrain et aux besoins des entreprises.

Ce travail de réflexion s’impose d’autant plus que le secteur reste mouvant. Derrière les GAFA qui tracent la route, une nouvelle concurrence grandit, venue d’Asie. L’acronyme BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) s’impose peu à peu. Ces groupes, souvent encore plus agressifs que les géants américains, montrent comment l’atteinte rapide de la masse critique et les économies d’échelle leur permettent de gagner des parts de marché à l’international.

Les marchés de niche ou la plateforme paneuropéenne : de nombreuses opportunités

Les plateformes dominantes ne forment pas un mur infranchissable. Au contraire, le dynamisme de l’IdO offre un terrain propice à de multiples initiatives, déjà saisies par les acteurs français et européens.

Sigfox, pionnier des réseaux de communication bas débit pour les objets connectés, a posé ses bases à Toulouse. Autour de lui, une véritable vallée IdO a émergé, regroupant des dizaines de start-ups et des industriels majeurs comme Airbus ou SNCF. Ce maillage d’acteurs développe des solutions pour répondre aux nouveaux usages, aussi bien côté grand public que dans l’industrie, portés par l’IdO.

Dans ce paysage foisonnant, la multiplication des plateformes et technologies ne doit pas être vue comme un écueil, mais comme une chance d’adresser des besoins variés ou de bâtir des solutions inédites. Pour s’y retrouver, voici quelques leviers à activer :

  • favoriser les alliances pour créer des plateformes adaptées à des marchés de niche spécifiques ;
  • exploiter toute la diversité des offres de plateformes industrielles ;
  • privilégier la réflexion sur la valeur d’usage avant de s’arrêter aux seules caractéristiques techniques des objets.

Samsung, par exemple, a choisi une stratégie claire : depuis quatre ans, le groupe construit une plateforme d’exploitation horizontale des données issues des objets connectés. ARTIK, c’est son nom, est pilotée par l’unité Innovation sous la houlette du Français Luc Julia. L’entreprise n’hésite pas à renforcer ses équipes d’ingénieurs en France pour soutenir sa R&D.

La conviction de Luc Julia ? L’IdO tiendra ses promesses le jour où les données issues d’objets isolés seront agrégées dans un même espace numérique. Là, les algorithmes pourront vérifier, extraire des informations utiles, déclencher des actions. Un horizon où la donnée devient action.

En 2017, Corinne Erhel et Laure de La Raudière, députées, recommandaient dans un rapport la création d’une plateforme de services industriels à l’échelle européenne. Pas question de reproduire le modèle du cloud souverain, mais plutôt de miser sur la standardisation et la capacité à attirer les talents. Un pari qui permettrait aux acteurs français et européens de s’établir durablement sur ce marché en pleine expansion.

Les défis de la sécurité et de la confidentialité des données dans l’IdO

L’Internet des Objets (IdO) n’est pas qu’un terrain d’innovations et de nouvelles applications. C’est aussi un champ de menaces et de vulnérabilités où la sécurité et la confidentialité des données deviennent des priorités. Plus les objets et systèmes communiquent, plus le maillage de données s’étoffe, et plus le risque d’intrusion grandit.

Les cyberattaques se multiplient dans l’univers de l’IdO. Des pirates parviennent à exploiter les failles de sécurité des objets connectés pour s’introduire dans des systèmes ou subtiliser des données, qu’elles soient personnelles ou professionnelles. Certains incidents rappellent que le risque n’est pas théorique : des caméras IP ou des thermostats intelligents ont déjà été détournés à distance.

Face à ces dangers, il devient impératif de sécuriser chaque maillon de la chaîne. Les pouvoirs publics doivent poursuivre leurs investissements en cybersécurité, tandis que les entreprises ont la responsabilité d’intégrer la protection des données dès la conception de leurs produits et services. Ce n’est qu’à ce prix que l’IdO pourra s’installer durablement dans notre quotidien, en France comme ailleurs.

Les acteurs clés de l’IdO en France et leur contribution à l’accélération du marché

Sur la scène hexagonale, plusieurs acteurs de l’Internet des Objets s’illustrent par leur capacité à accélérer la cadence et à offrir une alternative solide face aux GAFA. Leur expertise, conjuguée à leur ancrage local, leur permet d’agir comme moteurs de la filière.

Sigfox, par exemple, a bâti un réseau sans fil spécialement conçu pour connecter à bas coût des millions d’objets intelligents partout dans le monde. L’entreprise, pionnière du secteur, fédère aujourd’hui des appareils connectés sur chaque continent.

Autre acteur d’envergure : Orange Business Services. Cette entité propose des solutions clés en main pour accompagner les entreprises dans le déploiement et l’évolution de leurs systèmes IdO. Leur force ? Aller au-delà de la simple mise en place en facilitant les intégrations et les évolutions sur mesure.

On peut aussi citer Société Générale Equipment Finance (SGEF), qui accompagne ses clients industriels dans la transition vers l’IoT grâce à des solutions innovantes de financement locatif technologique. D’autres noms complètent ce panorama : Idemia, Renault Digital, Bouygues Telecom… Tous œuvrent à renforcer l’écosystème français de l’IdO.

Ce tissu d’acteurs, en conjuguant innovation, sécurité et adaptabilité, permet à la France de rester dans la course. Reste à poursuivre sur cette lancée pour transformer la promesse de l’IdO en une réalité palpable et souveraine. À l’heure où les plateformes mondiales redessinent les équilibres, la partie ne fait que commencer.